_

Les mots au bord des yeux
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 08 juin 2009 05:02

A celui qui osera passer, encore.

Tu le regardes passer, devant toi. Peut être au dessus, peut être sous, à côté, derrière...
Tu ne sais plus très bien. La tête te chavire. Et tes idées sont des chaloupes aux coques renversées, éventrées.
Il passe et sa destination t'est inconnue. Mais qu'il s'en aille, qu'il s'en aille, ce bel être. Comme il défile, à l'ourlet de tes lèvres, se faufile, un sourire. Tu fermes les yeux. Son ombre derrière les paupières. Couleurs aux lignes vacillantes, pénombre phosphorescente, qui s'évapore.
Quand les fils noirs, suspendus à tes yeux, te découvrent le ciel de nouveau - il a disparu. Bel et bien. Et tu l'as senti te passer sur le corps, au dessus de tes courbes fines, sur tes hanches, en dessous, sinueux, entre la couverture et la courbure de ton dos, sur les côtés en fleurs, embaumé et caressant, le long de ton cou, dans le creux de ton menton, coquin, à l'embrasure de ta bouche, sur les persiennes de ton regard et d'un bout, à l'autre de ta chair, mais non ; jamais au-dedans. Tu le sais, en est certaine. A l'idée d'une intrusion évasive et sournoise, te parcours un frisson, violent et grave. Et – instant électrique, décharge qui paralyse la douleur -, tu te souviens du poids, qui s'en est allé, qui t'a lesté, délaissé ici, allongée en osmose avec la terre humide et douce, grandie. Il te dépasses, tu surpasses, le temps, mais jamais ne trépasse en profondeur, dans tes méandres aux échos éthérés. Tu ne l'as jamais surpassé pourtant, le temps. Il ne faisait que passer, tu le savais.
Et lorsque tu t'en souviens encore, il ne te reste de ces instants que des battements brisés, flottant aux tempes et des respirations coupées de cavalcades au c½ur. Le mot te vient. Etrange, il est à tous les sens. Etrange ce temps qui te passe sur le corps et que tu regardes mourir avec délectation, du haut, ou plutôt du bas de tes sept ans. Maintenant, qu'il est mort, sa mort inscrite sur les vielles courbes plus très nettes de ton corps qui ondule, se boursoufle et se fripe de petites vaguelettes, que tu voudrais le saisir, l'effleurer, l'entrevoir, il s'effiloche, léger et fugitif, comme les nuages que tu laissais partir au loin. A la seule différence, qu'ils revenaient eux, tachés de lumières blanches et grises.

# Posté le dimanche 03 mai 2009 13:31

Modifié le dimanche 10 mai 2009 12:29

10 avril - Au bonheur des

Coquelicots.
Le premier de la danse.

# Posté le vendredi 10 avril 2009 15:04